Pourquoi je ne boycotterai pas les jeux olympiques

Publié le par Alexandre

Rien à faire, je ne boycotterai pas les JO. Ce n'est pourtant pas les raisons qui manquent : libertés individuelles, Tibet, Ouïghours (qu'on oublie trop souvent), Darfour. Pour reprendre le Tibet, dont on peut dire que c'est la cause la plus répandue. Je ne pense pas que mon engagement surpasse celui de n'importe quel sympathisant : s'émerveiller devant Kundun, apprécier l'esprit du dalaï-lama, etc.

Dans ces temps-là, j'avais d'ailleurs participé à l'organisation d'une conférence sur la situation au Tibet avec un des responsables de France Tibet en intervenant. C'était en 2001 ou 2002 ; la Chine venait d'obtenir les Jeux Olympiques. Comme beaucoup, je voulais croire en une Chine prête à tourner la page. N'avait-elle pas promis qu'on ne trouverait aucun prisonnier politique dans ses geoles ? Sans illusion, le militant répondait que la Chine viderait en effet ces prisons, mais pas de la manière souhaitée.

Les jeux auraient donné un surplus de visibilité aux émeutes (et à leurs répression) de Lhassa. Certes, mais compte tenu de la prise d'importance de la Chine dans les consciences, je ne suis pas certain que l'on en aurait moins parlé. Les jeux ont permis de mettre en évidence les mensonges des dirigeants chinois, mais à quel prix ? [1]

Alors pourquoi ne pas boycotter les jeux olympique ? Eh bien, je ne peux pas. L'idée de regarder les jeux olympiques me semble aussi incongrue que de proposer à Jean Yanne de passer par une départementale. Si je ne les regarde pas, comment pourrais-je décider de m'en abstenir ? Ce serait comme rappeler à un végératarien de manger du poisson le vendredi saint ou à un non musulman de ne plus faire ramadan.

Le boycott sans effort est l'apanage du militant en pantoufle : celui qui réclame un embargo pour faire pression sur Pékin malgré ses frusques made in China et se vautre dans le confort intellectuel d'une protestation de façade.

En revanche, je n'aurais que des louages pour qui fait pression sur les entreprises sponsors des jeux. Ce sont les seules à avoir une quelconque influence. He who pays the piper calls the tune.

Puisque l'on parle des jeux ? Y a-t-il toujours quelque chose de bon à en tirer ? Rien n'est moins sûr. Les valeurs fondamentales ont été corrompues tant d'un point de vue économique que d'un point de vue politique.

Comment interpréter autrement l'agression de la Georgie par la Russie le jour de l'ouverture qui, dans la Grèce antique, était le début d'une trêve, comme un combat médiatique d'un ex-empire décider à gâcher la célébration de la puissance retrouvée de son voisin ? Entre les deux, ce n'est pas le grand amour...[Edition du 12/08 : j'ai parlé trop vite. De ce que j'ai compris, c'est la Georgie qui a commencé mais la Russie à tout fait pour et n'attendait que ça]

J'ai bien entendu regardé des photos de la cérémonie sur le magnifique Big Picture. C'est joli mais dérangeant. La cérémonie semble trancher avec les monstruosités auxquelles ont avait droit jusqu'à présent (qui se souvient des échassiers en France pour le mondial de football ?).

Cependant, se dire que ces jeux ont coûtés près de 40 milliards d'euros (10 fois plus que prévus) alors que tant de choses restent à faire. S'émerveiller devant les nouvelles réalisations architecturales en occultant la destruction systématique de l'habitat traditionnel ? Certes, on a l'habitude. Mais Haussman lui-même n'a pas touché une aussi grande superficie de la ville.

En un mot, je n'ai rarement autant souhaité apprécier le sport.

[1] Je vous épargne "Le jeu en vaut-il la chandelle" qui aurait été déplacé.

[Edition du 13/02 : Comment mettre mal à l'aise les sponsors]

Publié dans Politique

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kro 08/09/2008 22:27

De toute façon, comment Nelson pourrait manquer les JO ?!?