Meilleure couverture presse

Publié le par Alexandre

Voilà quelques temps que je me passionne pour le référendum irlandais. La campagne comportait de nombreuses similitudes avec celle qui s'est déroulée en France en 2005. D'ailleurs, si le non l'emporte aujourd'hui, il faudra simplement voir le fait que les pro-référendum, à l'inverse des nonistes, n'ont retiré aucun enseignement de leur défaites passées.

J'ai souvent pesté (intérieurement) contre la couverture de la campagne par les médias français. Par le correspondant à Londres de tel quotidien de référence, par un envoyé spécial de tel autre journal qui croit avoir saisi l'atmosphère de la campagne en faisant le tour de St-Stephen's green.

La plupart d'ailleurs ont vu ce qu'ils voulaient voir et ont essayé d'adapter les rapports de force du pays au schéma français. Le tour des journaux et des sites internet n'est pas suffisant en effet pour déterminer sur quels éléments se joue le vote des indécis.

Mettre sur le même plan les revendications du parti (trotskyste) socialiste et la propagande de Libertas, c'était faire plaisir aux Français qui se retrouvent dans des arguments qui n'ont que peu prise sur la population autochtone. Sans aucune idée de l'atmosphère de campagne, difficile de relativiser l'importance des uns et des autres.

Même d'un point de vue budget d'ailleurs, on a appris hier que Libertas, cette organisation interlope venue dont ne sait où, avait dépensé plus pour la campagne que tous les autres partis réunis. Tout le monde suspecte son fondateur, le milliardaire Declan Ganley, d'avoir contourné les seuils de dons pour la campagne via des hommes de paille. Ca se fait bien aux Etats-Unis, pourquoi pas en Irlande ? Faute de preuve, impossible d'accuser qui que ce soit.

"En politique, ce qu'il y a souvent de plus difficile à apprécier et à comprendre, c'est ce qui se passe sous nos yeux." nous disait Tocqueville. S'il faut être sur place pour ne pas souffrir le biais de celui qui nous rapporte les faits, ce n'est qu'en observateur neutre, non impliqué dans le vote ou dans le tissu social qu l'on peut voir les choses telles qu'elles sont.

Pour qui n'est pas partie prenante des passions irlandaises que sont l'autorisation de l'avortement, la neutralité du pays ou le développement économique par la concurrence fiscale, il est aisé de démêler les arguments des uns ou des autres tandis que les indécis irlandais se sente assaillis d'arguments contradictoires. Tout comme l'indécis que j'ai longtemps été en 2005.

Ce qui est regrettable néanmoins, c'est la malhonnêteté intellectuelle. Un exemple : d'un texte dont tout le monde (surtout les nonistes) s'accordent à dire qu'il reprend en grande partie le traité constitutionnel européen (TCE), certains y voient une interdiction prochaine de l'avortement (France 2005) et d'autres une légalisation imposée (Irlande 2008).

Tout cela pour dire qu'à l'heure où les journalistes rédigent les enseignements du vote pour l'édition de demain (en deux versions avec des blancs pour les pourcentages), je tenais à en féliciter un : Arnaud Vaulerin, envoyé spécial de Libération qui a, dans l'édition d'aujourd'hui, réalisé la meilleure couverture de l'évènement.

NB : Comme, aujourd'hui la CGT bloque la parution des quotidiens, Libé est disponible en pdf gratuitement.

Publié dans Dans l'Eire du temps

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Remy 28/06/2008 09:45

Moi, j'ai été surpris par le manque d'intérêt total des Irlandais pour ce référendum ... En plus de cela, le résultat ne semble pas les bouleverser outre mesure.
V'là maintenant la récession qui approche pour 2008, la première depuis 25 ans ...