Haiku des temps modernes

Publié le par Alexandre

Voila plusieurs jours que je m'extasie devant des perles. Non, que je me sois converti à la conchyliculture ou dans un BTS Joaillerie. C'est plutôt des perles de l'esprit donc je m'amuse.

On a tous eu connaissance à un moment ou à un autre, d'un livre du type les perles des fonctionnaires, du bac, etc. Le dictionnaire la décrit comme une erreur grossière. 

D'ailleurs, c'est une de occupations phare de lycéens : récupérer les perles des profs (au collège, on ose pas vraiment encore...). C'est tout de même beaucoup plus rigolo que de noter son ouverture d'esprit sur un site légèrement douteux...

Dans ma collection perso, j'ai encore des fous rires de la prof de bio qui nous parle de poissons aquatiques (bah oui, par opposition à ceux qui montent aux arbres). De mes profs de maths de prépa qui tance tantôt pour des questions faciles oubliées ("Vous avez oublié les questions préliminaires, c'est très important les prélimiaires vous savez !") tantôt pour une question de logique ("Il vient d'où ton alpha ? hein ? non, tu ne l'a pas introduit, indroduit-le moi s'il te plaît !").

Bon, évidemment c'est toujours assez grivois, mais je ne me lasse jamais d'un prof qui annonce trois conséquences pour en lister quatre ou cinq.

A l'inverse de ces phrases malheureuses qui généralement provoquent un sourire de moquerie, on trouve le trait d'esprit. Ou l'art - typiquement français de par le piqûre qu'il provoque à l'amour propre - de l'à-propos ou de la répartie. Notez que les anglo-saxons ne sont pas en reste mais ont généralement plus portés sur l'auto-dérision.

Que de soirées ai-je passé en compagnie de mes dictionnaires de citations ? Je dois en avoir plus d'une dizaine et chacun à sa manière m'a distrait parfois d'un coucours qui se faisait plus proche chaque jour ou encore d'une dissertation de philo qui me cloîtrait un week-end - forcément ensoleillé.

Les politiques y tiennent une grande place : de Gaulle, Churchill, Clemenceau ; les écrivains ne sont pas en reste et Allais, Wilde, George Bernard Shaw, de Musset. Et Woody Allen, évidemment.

D'ailleurs quiconque se targue d'apprécier le français pour sa beauté intrasèque (et les misères qu'ont pu lui faire les farceurs lettrés au cours des quelques siècles précédents) se doit de posséder "Pour tout l'Or des mots" de Claude Gagnière. Pour faire court : c'est le seul livre dont je ne me dépars jamais (il m'accompagne dans mon périble dans les vertes vallées d'Irlande).

De là, dans un pays où tant se targuent d'écrire un roman (peu importe qu'il soit publié d'ailleurs), et où nous sommes les plus blogueurs ! Franchement, à quoi bon ? En tout cas, c'est pas moi qui m'amuserait à en tenir un ! 

Je reviens donc à ces choses qui m'émerveillaient : viedemerde.fr et chucknorrisfacts.fr. Le premier rassemble les mésaventures des personnes qui veulent bien les partager, le deuxième recense tout ce dont Chuck Norris est capable de faire.

Extraits choisis : 

- Aujourd'hui un petit garçon dans la rue m'a montré du doigt en disant à sa mère "Regarde maman, c'est Sarkozy." VDM

- Aujourd'hui partiel. L'examen était recto-VERSO. VDM

- Aujourd'hui, on m'a dit "Purger un radiateur c'est facile, il faut dévisser le truc sur le bord"... Mon radiateur n'a pas de purge, et le seul bitonio à dévisser a "purgé" les 800 litres d'eau de TOU[S] les chauffages de l'immeuble, dans mon appart. J'ai oublié de payer mon assurance habitation. VDM.

mais aussi 

- Chuck Norris a déjà compté jusqu'à l'infini. Deux fois.

- Chuck Norris fait pleurer les oignons

- Un jour, au restaurant, Chuck Norris a commandé un steak. Et le steak a obéi.

- Chuck Norris mesure son pouls sur l'échelle de Richter.

- Voldemort a peur d'appeler Chuck Norris par son nom.

Le point commun entre ces deux exercices de styles qui ne disent pas leur nom ? Un certain goût pour l'anaphore (Guaino est-il le créateur caché ?) mais surtout une forme assez courte. Une sorte de haiku moderne (ou, trop souvent le salace remplace le poétique, j'en conviens)

La seule différence entre un réussi et un loupé : la chute. Sans deus ex-machina, pas de salut !

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