La curiosité, la volonté de me dérouiller les neuronnes et un bonne pile de linge à repasser m'ont récemment amené à regarder Home, le film documentaire
évèvenement de Yann Arthus Bertrand. Inutile je pense de rappeler en quoi consiste le premier et qui est le second (si vous revenez d'un exil en Sibérie, je vous renvoie aux fiches Wikipédia. Si
vous ne savez pas ce qu'est Wikipédia, je ne peux pas faire grand chose pour vous). Avant tout, Home, c'est un film qui a le mérite d'exister.
Evacuons avant toute chose les diverses polémiques qui ont éclos la semaine passée. Oui, PPR se paie une bonne conduite en finançant le film, et alors ? A nous (et aux journalistes) de ne pas se
faire avoir par ce verdissage en bonne et due forme. Oui, PPR fait feux de tout bois en proposant des produits dérivés de luxe mais bon, un T-shirt Gucci estampillé HOME à 140€ : c'est ridicule, n'est-ce pas ? Quant à l'influence supposée du
documentaire sur les élections européennes, c'est faire bien peu de cas de l'intelligence des électeurs (je vous demande si les votes UMP ont été favorisés par Les Experts ? [d'autres idées
d'influences possibles sur écrans.fr)
Home, attendu avec impatience, encensé et décrié tant avant qu'après sa sortie en grande pompe mérite qu'on s'y arrête quelques instants. Qu'est-ce qu'Home ? des images, une musique et
une voix off. Un film me direz-vous ? Hum, pas franchement. Tous les plans sont fixes (si l'on excepte parfois les moutons qui se déplacent dans une plaine ou les gouttes d'eaux projetées par une
cascade) [Les mauvaises langues diront qu'il a fait des travelling sur des photos de La Terre vue du ciel] et ne sont reliées que par l'histoire que nous déroule la voix off.
Autant le dire tout de suite, Arthus Bertrand, qui dicte le texte français détruit toute la poésie des images et agace au plus haut point. Comédien, c'est un métier ! Les anglophones ont droit à
"la narration surréelle et pourtout émotive de Glenn Close" (commentaire IMDB) tandis que nous n'avons qu'un texte surjoué et des accentuations que Cabrel ne renierait pas. Voila une tarre que ne
devrait pas avoir la version cinéma où officie Jacques Gamblin.
Passe encore l'amateurisme de la voix off si le commentaire n'était pas aussi mielleux et le ton sacerdotal. « On communie ad nauseam devant la beauté bio, écolo-guimauve d’un atoll en forme
de cœur. La transe est accentuée par la musique, onirique à souhait, toute en trémolos vocaux et arrangements planants. » écrit assez méchamment (mais pas sans raison) Iegor Gran dans
une tribune publiée dans Libération. Il faut dire que le lyrisme est parfois d'un goût douteux et les
métaphores pas de première originalité (« l'arbre de la vie », « le levain de notre vie », « la terre ne calcule le temps qu'en millions d'années »...).
Home ce sont des images (splendides bien entendu), mais surtout un texte politique qui n'hésite pas à faire appel à l'anaphore, la figure de rhétorique du tribun s'il en est, pour
appuyer son propos (avec un dialogue intéressant entre « tout s'accélère » dans la première partie et « il est trop tard pour être pessimiste » dans la conclusion). Un texte
politique certes, mais qui est entièrement fondé sur l'émotion. Même si la politique-émotion est à la mode de nos jours, on peut sérieusement s'interroger sur l'impact à long terme d'un message
délivré par l'émotion et si cette dernière laissera place à un comportement actif une fois le sentiment évaporé.
De là, j'avoue préférer grandement Une Vérité qui dérange ou Over [1] qui, tout
en faisant grandement usage d'image de toute beauté ne les sublime pas systématiquement par un angle esthétisant propre à Arthus Bertrand (où les images illustrant la pollution sont aussi belles
que celles de la nature inviolée), fournissent des éléments de réflexion dépassant le stade du : polluer, c'est mal ; la nature, c'est bien.
En même temps, peut-être valait-il mieux ne pas trop s'aventurer dans les tréfonds d'une argumentation approfondie. Si le photographe est attiré par la théorie malthusienne sans s'y risquer
vraiment, il tend à réinterpréter le passé avec une grille de lecture actuelle voyant la déchéance de l'île de pâques dans la famine et les émeutes sociales.
Le message est clair, je n'ai pas aimé Home plus que cela. Cependant, ce docu-film a le mérite d'exister ne serait-ce que pour les quelques (centaines/milliers/millions) de personnes
qu'il a sensibilisé au problème du réchauffement climatique.
J'étais étonné lors de ma tournée dominicale au marché de remarquer que si Home jaillait çà et là dans la conversion, ce n'est pas les images qui avaient le plus retenu l'attention
(c'est beau, rien de neuf), mais bien les statistiques (dans les 5 dernières minutes) indiquant combien de litres d'eau représentait un kilo de viande ou un T-shirt de coton. Tant que l'écologie
ne représente qu'une idée abstraite, l'adhésion n'est pas reliée à l'action ; lorsque l'écologie deviendra une variable d'arbitrage (à la manière du classement de A à G de l'efficacité
énergétique des appareils ménagers) et ce à chaque instant, les réactions citoyennes se concrètiseront, Rien n'est perdu.
Parce que toute l'écologie tourne autour d'une opposition frontale entre la dégradation de l'environnement et l'espoir d'un redressement, j'aimerais terminer ce billet qui fait revivre ce blog un
tantinet endormi par une conclusion profiteroles.
« - Mais enfin, est-ce que je parle assez clairement oui ou non ? gueula Morel. La seule chose qui m'intéresse, c'est la protection des élephants. [...] C'est pourtant assez clair ?
- Oui, dit le Danois, avec un peu de tristesse. Bien sûr. Mais il ne sera pas convaincu. Je connais tout ça depuis bien longtemps. En Finlande, lorsque je défendais les forêts et que les
fonctionnaires russes m'expliquaient patiemment que la pâte à papier, c'est tout de même plus important que les arbres, c'était la même chose... Ils n'ont compris que lorsqu'il n'est resté
presque plus de forêts. Ça continue, quoi. Et les baleiniers m'expliquaient que la graisse de baleine était nécessaire sur le marché, que c'était beaucoup plus important que les
baleines... »
Tiré des Racines du ciel de Romain Gary qu'un billet aguichant d'Aliocha a mis en
haut de ma liste de lecture récemment.
Un avion amerrit et le pilote est acclamé. Normal. Voyons comment Le Figaro le traite sur son site internet.
"L'homme a immédiatement suscité l'admiration. Pas moins de 15 groupes de fan existaient même sur
Facebook dès vendredi matin, dont certains comptaient plus de 1000 personnes. Le maire de New York Michael Bloomberg a salué son héroïsme et son professionnalisme. «J'ai parlé longuement avec
le pilote. Il a parcouru l'avion à deux reprises après que tout le monde était sorti. Il a vérifié que personne ne restait à bord», a raconté Michael Bloomberg." (source)
L'article est bien entendu une adaptation de dépêches, mais ni l'AFP, ni l'AP ne parlent du nombre de groupes Facebook. Gageons que c'est la plus-value de la journaliste du
Figaro...
Tout ça pour en revenir au Petit Prince :
"Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais: "Quel est le son de sa voix ?
Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ?" Elles vous demandent: "Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ?"
Alors seulement elles croient le connaître. Si vous dites aux grandes personnes: "J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit..." elles ne
parviennent pas à s'imaginer cette maison. Il faut leur dire: "J'ai vu une maison de cent mille francs." Alors elles s'écrient: "Comme c'est joli !"" (Chapitre 4)
Le Paris Dakar prend la suite du Vendée Globe. Courses extrêmes, blessés, et autant d'occasion de remplir les pages sports des médias partenaires.
Je m'étonnais hier matin d'entendre un motard se plaindre de ce qu'un concurrent en voiture avait roulé sur sa moto couchée en travers de la route. La concourner lui aurait, paraît-il, fait perdre
un temps précieux. Bien entendu, c'était condamner à l'abandon son concurrent.
Inversement, à deux reprise (pour le moment) des participants se déroutent pour porter assistance à un concurrent en difficulté.
C'est la première obligation du règlement des courses de voiliers, mais tout de même...
Malheureusement, je ne pourrai pas non plus boycotter la course. Tant pis !
Les Australiens dorment quand pendant notre journée, tout le monde sait ça. Et pourtant je viens de le redécouvrir cette année grâce au copain (australien) de ma collocataire.
Je ne cesse de m'étonner de cette capacité que nous avons de connaître des faits sans pour autant les assimiler. Que m'importent au quotidien les 9 heures de décalage avec Sydney si cela n'a aucune
influence sur mon programme de la journée ? Mais quelle surprise d'entendre les amoureux se souhaiter [1] bonne nuit tous les matins et bonne journée tous les soirs !
Dans le même ordre d'idée, certains se sont demandés pourquoi, dans un contexte de prise en compte de plus en plus grand des préoccupations écologiques, personne ne change réellement son mode de
vie, sa voiture, ses voyages en avion à bas coûts etc.
Le pic de production (seuil à compter duquel la production décroît mécaniquement), je connais. Hier, j'ai testé.
Molleindustria est un studio de développement de jeux internet politique. Leur objectif affiché est d'explorer le potentiel de persuasion en
détournant le genre du jeu vidéo. Ils comptent à leur actif des jeux aux noms doux comme McDonald's, Opération PedoPriest ou Faithfighter.
Dans oiligarchy leur dernières production, vous êtes PDG d'une des grandes compagnies pétrolières au sortir de la seconde guerre mondiale. Votre objectif est de satisfaire la demande tout en
augmentant la dépendance au pétrole. Pour cela, tous les coups sont bons : financements divers, coups d'états, corruption, mercenaires.
Au début les perspectives de croissance sont importantes, puis, avec les années, les zones de prospections se réduisent, les rendements aussi, et le pétrole disparaît.
Je fais quoi, après ?
Les journalistes appellent ça le choc de la réalité...
Extérieur jour
Un taxi roule sous le soleil de l'automne. Il fait chaud. Nous sommes en Tunisie.
A son bord, une poignée de touriste qui reviennent de leur excursion à Tunis.
En quittant l'agglomération, ils ont longé l'aéroport, puis la caserne principale. Longtemps. Arrive le coin où ont été concentrés tous les clubs de touristes.
Un policier siffle et arrête le véhicule. Ils discutent en arabe. Ils s'énervent en arabe.
Tandis qu'il redémarre, le chauffeur s'indigne. Le policier, planté à l'entrée de la voie d'accès à ce vivier de touristes, voulait le verbaliser : il aurait été vu en train de téléphoner au
volant.
Le taxi n'a pas de téléphone, en revanche, il a, contrairement à tous ceux qui travaillent dans cette zone, un compteur qui fonctionne.
Tout s'éclaire subitement, les signes de connivence entre les taxis de l'hôtel et le policier, les prix négociés mais démesurés demandés par les habitués.
Le chauffeur n'avait pas payé de bakchich.
Le taxi arrive à destination, dépose ses touristes et repart sous le soleil de l'automne. Il fait chaud. Nous sommes en Tunisie.
Un aéroport. Bientôt un avion et ce sera la fin d’un séjour 8 mois passés dans l’île verte. Les bagages sont en route vers la soute ; l’embarquement n’est pas avant quelques heures ; c’est
l’occasion rêvée d’esquisser un bilan du séjour.
J’étais arrivé sans attente, presque par hasard. Une occasion que j’ai saisie. Toujours étrange de répondre à qui me demande pourquoi avoir choisi l’Irlande « Je ne sais pas. Pourquoi pas l’Irlande
après tout ? »
Réponse inattendue : la plupart des étrangers viennent ici pour parfaire leur anglais, trouver un travail dans un pays réputé pour ses salaires généreux ou encore les quelques rêveurs qui pensent
venir ici à la rencontre d’une culture celte (et parfois apprendre le gaélique) voire les trois à la fois.
J’ai parcouru quasiment tout le pays, visité les musées et les églises, mais j’ai tout de même l’impression d’être passé à côté de quelque chose. En fait, pour être plus précis, l’Irlande ne se
visite pas, elle se vit. Le plus beau des musées ne peut se comparer aux paysages de l’arrière-pays et, comment voulez-vous visiter un paysage ? Un arrêt au bord de la route, le temps de prendre
une photo pour pouvoir dire : j’y étais ? Un morceau de tourbe pour évoquer son odeur si caractéristique lorsqu’elle brûle ? Un dépliant pour se souvenir du trajet effectué dans telle ou telle
région sillonnée par les autocars de tourisme ?
Si je ne devais garder qu’un souvenir de l’Irlande, c’est celui du départ du bateau du Kilronan emportant la clameur des touristes avec lui et laissant le port, baigné d’un soleil déclinant de
printemps, aux insulaires et aux quelques hôtes restés sur place en basse saison.
De Dublin, mes impressions sont plus contrastées. Les Irlandais le disent, Dublin, ce n’est pas vraiment l’Irlande. La ville n’est pas vraiment belle, mais pourtant attachante. Que ce soit dans les
pubs où les clients chantent à plein poumon les chansons les plus connues ou encore la gouaille des anciens que l’on croise encore çà et là.
L’avantage, et l’inconvénient, d’une grande ville est de permettre les regroupements par pays où s’effacent toute considération d'origine sociale ou géographique mais aussi les rencontres
d’étrangers par capillarité, que ce soient les anglophones venus travailler un an en Irlande pour voir du pays ou les autres pour une des raisons citées ci-dessus. Beaucoup de rencontres, mais
combien résisteront au temps et à l’éloignement ?
Le retour en France, si attendu soit-il ne m’empêchera pas d’avoir une pensée de temps à autre pour les pubs et ce qui s’y rapporte (comprendre musique et bière), le chocolat chaud d’Insomnia, le
cheesecake au bailey’s en face du château ou encore la Cuisine de France. Peut-être même les Irlandaise en tenu de sortie, qui sait ?
Inversement, j’ai tant râlé contre quantité de choses qu’il serait étrange de dire que tout était rose ici. Mais, après tout, est-ce le moment de faire mon Français ?
Rien à faire, je ne boycotterai pas les JO. Ce n'est pourtant pas les raisons qui manquent : libertés individuelles, Tibet, Ouïghours (qu'on oublie trop souvent), Darfour. Pour reprendre le Tibet,
dont on peut dire que c'est la cause la plus répandue. Je ne pense pas que mon engagement surpasse celui de n'importe quel sympathisant : s'émerveiller devant Kundun, apprécier l'esprit du dalaï-lama, etc.
Dans ces temps-là, j'avais d'ailleurs participé à l'organisation d'une conférence sur la situation au Tibet avec un des responsables de France Tibet en
intervenant. C'était en 2001 ou 2002 ; la Chine venait d'obtenir les Jeux Olympiques. Comme beaucoup, je voulais croire en une Chine prête à tourner la page. N'avait-elle pas promis qu'on ne
trouverait aucun prisonnier politique dans ses geoles ? Sans illusion, le militant répondait que la Chine viderait en effet ces prisons, mais pas de la manière souhaitée.
Les jeux auraient donné un surplus de visibilité aux émeutes (et à leurs répression) de Lhassa. Certes, mais compte tenu de la prise d'importance de la Chine dans les consciences, je ne suis pas
certain que l'on en aurait moins parlé. Les jeux ont permis de mettre en évidence les mensonges des dirigeants chinois, mais à quel prix ? [1]
Alors pourquoi ne pas boycotter les jeux olympique ? Eh bien, je ne peux pas. L'idée de regarder les jeux olympiques me semble aussi incongrue que de proposer à Jean Yanne de passer par une
départementale. Si je ne les regarde pas, comment pourrais-je décider de m'en abstenir ? Ce serait comme rappeler à un végératarien de manger
du poisson le vendredi saint ou à un non musulman de ne plus faire ramadan.
Le boycott sans effort est l'apanage du militant en pantoufle : celui qui réclame un embargo pour faire pression sur Pékin malgré ses frusques
made in China et se vautre dans le confort intellectuel d'une protestation de façade.
En revanche, je n'aurais que des louages pour qui fait pression sur les entreprises sponsors des jeux. Ce sont les seules à avoir une quelconque influence. He who pays the piper calls the
tune.
Puisque l'on parle des jeux ? Y a-t-il toujours quelque chose de bon à en tirer ? Rien n'est moins sûr. Les valeurs
fondamentales ont été corrompues tant d'un point de vue économique que d'un point de vue politique.
Comment interpréter autrement l'agression de la Georgie par la Russie le jour de l'ouverture qui, dans la Grèce antique, était le début d'une trêve, comme un combat médiatique d'un ex-empire
décider à gâcher la célébration de la puissance retrouvée de son voisin ? Entre les deux, ce n'est pas le grand amour...[Edition du
12/08 : j'ai parlé trop vite. De ce que j'ai compris, c'est la Georgie qui a commencé mais la Russie à tout fait pour et n'attendait que ça]
J'ai bien entendu regardé des photos de la cérémonie sur le magnifique Big Picture. C'est joli mais
dérangeant. La cérémonie semble trancher avec les monstruosités auxquelles ont avait droit jusqu'à présent (qui se souvient des échassiers en France pour le mondial de football ?).
Cependant, se dire que ces jeux ont coûtés près de 40 milliards d'euros (10 fois plus que prévus) alors que tant de choses restent à faire. S'émerveiller devant les nouvelles réalisations
architecturales en occultant la destruction systématique de
l'habitat traditionnel ? Certes, on a l'habitude. Mais Haussman lui-même n'a pas touché une aussi grande
superficie de la ville.
En un mot, je n'ai rarement autant souhaité apprécier le sport.
[1] Je vous épargne "Le jeu en vaut-il la chandelle" qui aurait été déplacé.
Les Pays-Bas sont un pays fantastique ! Tout le monde y parle anglais depuis le plus jeune âge, tout les films passent en anglais, les cours à l'universités sont modernes en anglais.
En discutant il y a peu avec un Irlandais, j'étais assez estomaqué par un de ses emplois d'été. Comme beaucoup d'étudiants, il profitait de la trêve estivale pour se précipiter sur ces offres qui
permettent de compenser toutes les Guinness achetées au pub tous les manuels d'économie nécessaire à son instruction.
C'est ainsi qu'une des nombreuses agences de recrutement de l'île (trop nombreuses, j'en sais quelque chose), l'avait redirigé vers une entreprise de télémarketing. Un emploi des plus basiques
consistant à remplir des questionnaires par téléphone. Vous savez, ceux qui appellent toujours au moment le plus inopportun.
Un emploi sans surprise donc, sauf que mon interlocuteur ne s'attendait pas à se voir attribuer le marché hollandais !
Et lui de s'exclamer "Mais je ne parle pas néerlandais !"
Et bien, non, mais c'est pas grave puisque, c'est bien connu, tout le monde parle anglais là-bas... La conclusion qu'il en retirait c'était qu'il lui fallait juste lancer un Goedemorgen,
et les autochtones enchaînaient en anglais.
En 4 mois, seules 3 ou 4 personnes n'ont pas pu lui répondre.
Je trouve tout de même édifiant que ce soit à celui dont on sollicite l'avis de s'adapter à l'enquêteur et même attristant que tous s'y soient plié sans broncher.
En bon franchouillard défenseur de notre belle langue à qui il arrive de répondre en français à celui qui m'aborde directement dans sa langue,
j'avoue que je n'aurais aucun remords, si telle aventure devait m'arriver, à répondre cordialement : "Sorry, I don't speak a word of English" !
Pour qui voulait lire la presse voilà un an encore, la tâche n'était pas si difficile. Feuilleter Le Figaro, Libération et Le Monde couvrant le même sujet sur un mode thèse-antithèse-synthèse ;
écouter dans les revues de presse matinales des radios nationales les formules choc forgées par les éditorialistes de la presse quotidienne régionale à cette intention ; chaque semaine, lire avec
délectation les incontournables ; parcourir les blogs les plus en vue pour les
précurseurs.
Etant d'un naturel gourmand, je m'interdisais de délaisser un journal avant d'en avoir lu l'intégralité (sauf les pages sport, il ne faut tout de même pas exagérer). Ca demande un peu de temps,
mais c'est faisable.
Seulement depuis quelques années, mûs par un coût de diffusion quasi nul, des journaux en ligne se sont multipliés et leurs flux
RSS m'ont rendu plus glouton que gourmet.
Voilà plusieurs mois donc que je lis quotidiennement @rrêt sur images, Bakchich, Médiapart ou Rue89 et voici venu le temps d'esquisser un bilan.
Pause du matin
Premier réflexe du matin regarder @rrêt sur images qui offre à travers ses "vite dit" une revue de presse assez exhaustive sans
jamais se départir d'un recul appréciable. En y ajoutant des chroniques toujours pertinantes et des observatoires instructifs, que demander de plus ?
J'avoue qu'il ne me reste plus qu'à regarder les émissions qui s'accumulent dans mon aggrégateur au même rythme que les voitures sur l'autoroute du soleil un week-end de 14 juillet. En effet,
n'ayant jamais été un téléspectateur de l'émission, je ne me sens pas obligé de regarder celles qui sont sur internet.
Passeport SVP !
Bakchich est un véritable plaisir. Le journal fait honneur à son épigraphe. Le ton est irrévérencieux au possible, parfois agrémenté de révélations
majeures (comme le document dénonçant une razzia des Allemands sur EADS). Leurs vidéos sont généralement pertinentes (cela exclut leurs
dernières divagations estivales) avec des intervenants pleins de gouaille (Probst, Guelfi) qui sont un vrai bol d'air frais dans ce brouillard de politiquement correct. S'ils pouvaient améliorer
le son, ce serait parfait.
Dérogeant à ma règle d'exhaustivité, j'avoue zapper les articles inutiles (le nombrilisme des pages "commentaire des lecteurs"), les diatribes enflammées de Sébastien Fontenelle, l'amertume qui
rejailli parfois çà ou là au milieu d'un papier, gâchant tout son intérêt.
Presse de caniveau ?
Rue89 quant à lui est parfait pour faire le point sur une polémique en cours (un exemple). La
vraie force du site est d'avoir compris que ses visiteurs étaient des mordus d'information, et que leur repasser des infos déjà ressassés ailleurs était contre-productif. Ainsi, ils se
concentrent sur l'immensité qui n'est pas couverte par le reste de la presse. Culture, patrimoine, livres et réflexions, c'est une vraie mine d'or.
Cette course à l'information différente produit parfoit des suprises comme la controversée vidéo de Sarkozy (qui, personnellement, ne m'a fait ni chaud ni froid. Je me souviens m'être dit
"Ah oui, et alors ?").
D'affirmation péremptoires dans leurs articles économiques, en déclaration enflammées ou boudeuses dans les éditos de Plenel, tout est fait pour agacer ou énerver. Contrairement aux autres, ils
n'ont pas tout à fait compris que le lecteur de Médiapart ne lisait pas *que* Médiapart et que par conséquent faire une brève pour annoncer tel fait n'est que du bruit inutile.
Cependant, il faut reconnaître qu'en ce qui concerne les grandes enquêtes (qu'on pourrait qualifier de grandes fresques), ils sont plutôt bon. En témoignent celles sur la Françafrique, un
récapitulatif du cycle de Doha ou l'historique judiciaire de Tapie.
Traitement des commentaires
Le traitement des commentaires est assez révélateur du positionnement des différentes publications. Sur Bakchich, une synthèse quotidienne permet de suivre les émois du lectorat ; c'est un peu
trop. Médiapart, élitiste jusqu'au bout, propose des commentaires, mais bien à part parce qu'on ne mélange pas le torchon et les serviettes. Chapeau à @si et rue89 qui organisent une sélection
des commentaires si ce n'est les meilleurs, au moins les plus représentatifs.
Maman les p'tit bateaux...
C'est un paradoxe que le premier à s'y mettre soit Médiapart qui n'est pas franchement sarkozyste qui s'y soit mis le premier, mais force est de constater que le web bling-bling fait des ravages
dans la presse en ligne.
Je mets au défi n'importe qui de lire une dizaine d'articles du journal (situation normale après une fin de semaine dans la verdure) sans être pris d'un mal de coeur dû à ces textes qui se
déplacent dans tous les sens.
Un malheur n'arrivant jamais seul, lemonde.fr a incorporé une fonction similaire dans sa nouvelle version. Impossible de descendre son curseur de la barre d'adresse vers le texte sans que celui-ci
ait un hoquet, et nous avec.
Astuce anti-bling-bling
Pour finir, voici une véritable astuce pour se passer de ces effets superficiels : il s'agit de bloquer les adresses suivantes dans l'extension AdBlock de Firefox :
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