Jeudi 15 mai 2008
Dublin est une ville qui change, un peu moins depuis le ralentissement économique, mais quand même.

Le changement le plus significatif vient d'un des emblèmes de la ville : une partie de l'usine Guinness de St-James Gate ferme. En effet, la bière est la propriétée d'une multinationale sise à Londres, comme les bières typiquement irlandaises Smithwick's (prononcer Smitiks sous peine de passer pour un plouc), Kilkenny, le whiskey Bushmills, l'inoubliable Bailey's ou encore la Smirnov. La Guinness était brassée là depuis 1759.

Seulement, avec l'extension de la ville, l'usine s'est retrouvée entourée d'habitations et les terrains se sont appréciés.

Mais on ne jette pas bébé avec l'eau du bain. Le Guinness Storehouse, ancien grenier de stockage qui a été reconverti en musée, reste la propriété du groupe. 900.000 entrées à 14 € par an, ça se comprend !

Si toute la production de bières blondes et rousses sera tranféré dans une usine géante plus à l'écart, la matière première de la Guinness continuera a être fabriquée sur place, avant d'être brassée dans la nouvelle usine ou à l'étranger dans des brasseries sous licence. En revanche, Diageo s'est engagé à ce que la Guinness servie en Irlande continue à être brassée à St. James. On ne touche pas impunément à pareil symbole.

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Les Irlandais n'ont pas attendu Attali pour libéraliser l'attribution des licences de taxi. En 2000, c'était fait. Vu la faible fiabilité du système de bus, et la sécurité relative des bus de nuit (paraît-il), le nombre de taxi a explosé de 3.900 à 20.000. On peut donc en trouver à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Bon, il y a quelques inconvénients parfois. Il m'est déjà arrivé de tomber sur des conducteurs qui ne connaissaient pas Griffith Avenue où je vis, alors que c'est la rue la plus longue de tout Dublin. Mais cela reste anecdotique.

Les taxis sont donc nombreux, trop nombreux à leur goût. Alors ils ont manifesté. 
En bloquant les rue ? Non, on est en démocratie quand même, pourquoi laisser des individus entraver la chaussée ? En arborant un brassard à la japonaise, comme a été récemment suggéré ? Que nenni : ils ont décidé de klaxonner. Effectivement quand tous les taxis cornent en ville, ça fait du bruit, et on se rend compte qu'ils sont nombreux. En même temps, tant que je suis sûr d'en trouver un quand j'en ai besoin...

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Le même jour tombait une nouvelle qui aurait pourtant dû les ravir : un plan pour bannir les voitures du centre-ville était à l'étude. Les axes principaux seraient réservés aux bus et taxis à l'image d'Oxford Street à Londres. Un des gratuits du matin titrait joliment "Where the streets have no cars !"

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Sinon le Monde d'hier consacrait un papier au référendum irlandais sur le traité de Lisbonne. On passera sur le fait qu'il a été réalisé par le correspondant de Londres, ou encore que ce dernier ait effacé 1,2 millions d'habitants d'un trait de plume.

Non, le passage le plus discutable est celui-ci :
"Comment expliquer dans ces conditions le nombre d'indécis ? Le camp du non s'appuie pêle-mêle sur les revenus modestes et les laissés-pour-compte du "Tigre celtique", les neutralistes, l'extrême gauche ainsi qu'une poignée d'entrepreneurs tenants du tout-libéralisme. Ceux qui, pour une raison ou une autre, attribuent à la construction européenne l'origine de leurs problèmes se concentrent dans les régions pauvres de la frontière avec l'Ulster, le centre et l'ouest. Ce courant populaire, voire populiste, pointe en particulier du doigt la "clause de solidarité" prévue par le traité en cas d'attaque terroriste." (je graisse)

Le neutralisme, oui absolument. L'extrême-gauche, oui, j'en ai déjà parlé. Mais la poignée d'entrepreneurs tenants du tout-libéralisme est un non sens total. Le journaliste fait certainement référence à Libertas qui est l'émanation d'un riche entrepreueur, certes, mais il passe totalement sous silence le fait que pour l'immense majorité de la population, le développement de l'Irlande s'est fait grâce à une politique d'imposition (très) compétitive, et que c'est la crainte d'une remise en question (totalement voulue par quelques pays dont la France au premier plan) qui pousse les indécis à voter non, par sécurité...

Bref, s'ils votent non, ce n'est pas du tout pour des raisons opposées à celles des nonistes français. Ca se vendrait moins bien comme argument...
par Alexandre publié dans : Dans l'Eire du temps
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Lundi 12 mai 2008
Dans un billet précédent, je faisais un état des lieux du non en Irlande. Mise à jour d'une chronique irlandaise.

Les nonistes ont donc pris une longueur d'avance dans le matraquage des esprits au point d'établir un équilibre aux trois tiers (oui, non, indécis) dans les sondages.

Ce week-end ci, c'était l'embouteillage sur O'Connell Street. Alors pour rappel, la poste principale de Dublin, sise dans l'artère précitée, est le point de rassemblement des manifestations politiques par excellence puisque que c'était le QG du soulèvement de Pâques 1916. C'est un peu comme les manifestations en faveur des droits de l'Homme sur la place du trocadéro ou l'habituel République-Bastille-Nation (ou République-Nation suivant la taille du cortège) pour les syndicalistes français.

Alors ce samedi-ci, les trotskistes du Socialist Worker Party étaient déjà installés sur le trottoir avec mégaphone, présentoir et militants préposés aux tracts.

Leur site internet : voteno.ie.

Sur l'esplanade centrale, le Sinn Féin  était en train de se déployer avec un mégaphone sur pied (plus de moyens ?).

Les rigolos de WiseUp quant à eux se sentaient un peu exclus et on décidé après quelques coups de fil de déployer leur banderole le long du mur du GPO.

C'était un peu à qui votera non le plus fort...

Lève-toi et marche
Les pro-Lisbonne se sont eux réveillés. Brian Cowen, le nouveau Taoiseach, devait aujourd'hui exorter son parti - Fianna Fáil - à s'engager dans la campagne, nous annonçait l'Irish Times.

Cowen compte notamment s'appuyer sur une déclaration de Gordon Brown la semaine dernière où celui-ci assurait que jamais, ô grand jamais, le Royaume-Uni n'aurait approuvé un texte qui confierai à l'UE la fixation des taxes et impôt (c'est la pierre d'achoppement la plus importante, je le rappelle). Nul besoin de rappeler le désintéressement qui caractérise les Britanniques dès qu'ils s'agit d'Europe et d'argent (allez si... Un pour le plaisir : "I want my money back") : c'est donc une caution en béton dont dispose le Taoiseach.

Cowen motive les ouiistes et le hasard faisant bien les choses, une forêt de panneau en faveur du traité s'est élevée ce week-end sur les lampadaires de la capitale.

Il y en a de toutes les couleurs. Le vert ci-contre est celui du Fianna Fáil qui renvoie sur le site dédié : vote4europe.ie.

Arguments-clé : un oui pour une UE encore plus démocratique ; qui améliore son processus de prise de décision ; qui protège mieux les droits des citoyens de l'Union ; qui permet à l'UE de mieux faire face aux défis qui se présentent à l'UE et à ses membres et qui protège les intérêts des membres les plus petits.

La version jaune est un panneau de l'alliance des entreprise pour l'Europe. Un regroupement assez hétéroclite (mais plus transparent que Libertas assurément).

Leur site : yestolisbon.ie

J'avoue que je trouve la rubrique "Rumeur contre faits" assez pertinente pour contrer la campagne de désinformation menée par certains nonistes.

J'ai croisé d'autres militants avec d'autres pancartes. Je les poste dès que je les aurais retrouvées.

Si certains sont intéressés, je peux aussi numériser les tracts des nonistes (se manifester par courriel ou commentaires).

Bref, nous sommes à pile un mois du référendum et la campagne débute pour de bon...
par Alexandre publié dans : Dans l'Eire du temps
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Dimanche 4 mai 2008
Des affiches à tous les poteaux, des meeting politiques, des manifestations et des tracts, des autocollants de-ci, de-là... Une élection ? Pire un référendum.

L'Irlande ces temps-ci me rappelle furieusement la France de 2005. Dans un contexte passablement morose de licenciements massif (250 employés de Dell cette semaine), de délocalisations en série (quelques départements d'IBM, Xerox, Google, Accenture pour citer les plus grands) et de croissance en berne (les dernières projections pour 2008 ont été revues à la baisse de 2,3% à 1,3% de croissance), le référendum cristallise les mécontentements.

Une différence avec la France de mai 2005 cependant, le 6 mai 2008, le Taoiseach [premier ministre en gaélique] Bertie Ahern démissionnera suite à des révélations qui marquent l'apogée d'une mise en cause persistante. On le surnomme le Taoiseach-téflon. Certains pensent que cela pourrait aider le oui.

Partons tout de suite de bases saines : ce billet n'est pas une discussion en profondeur sur le contenu du traité de Lisbonne et a fortiori encore moins sur son aieul le traité constitutionnel. Non. Cette discussion a déjà eu lieu. En outre, d'autres ont déjà tenu cette discussion mieux que je ne pourrais le faire. Ce billet est un billet d'ambiance. Un court voyage dans les querelles de l'île.

Première constatation : c'est pas du tout cuit. Fin avril, on comptait 35% d'intentions de vote positives (contre 43 en février), les nonistes passant de 24% à 31% ; si on prend en compte les marges d'erreur, l'écart est faible. Les plus forts en calcul mental auront calculé que cela laisse 34% d'indécis (dont rien ne dit qu'il ne s'abstiendront pas d'ailleurs !). [Source]

Un peu plus inquiétant 80% des Irlandais avouent ne rien comprendre au texte dont 30% qui ne savent pas sur quoi porte le référendum qui est attendu début juin. D'ailleurs le Dassault local, Ulick McEvaddy, vient de lancer une campagne contre le référendum qu'il juge justement incompréhensible. Et ce, à rebour de l'opinion officielle du parti politique qu'il soutient.

L'expérience ne joue pas en faveur des partisans du traité. En effet, l'Irlande a rejeté le traité de Nice en 2001, mais l'a approuvé après l'adoption de deux clauses spécifiques à l'Irlande. Les défaitistes en ont déduit qu'il ne sert à rien de voter puisqu'on leur soumettra le traitré jusqu'à ce qu'ils le votent ; les plus pugnace, qu'ils peuvent jouer la politique du chantage pour obtenir les clauses qui les intéressent.

Reprenons un peu le fil des évènements.

Sinn Féin

Le premier à dégainer est le Sinn Féin. Depuis la fin janvier, ce parti couvre les rue de Dublin d'affiches annonçant une réunion publique d'information sous le slogan "Ireland Deserves Better, Vote No To Lisbon Treaty". Le parti s'annonce pro-européen. Il assure d'ailleurs que la place de l'Irlande est en Europe et qu'on peut tout à fait être pro-Européen et anti-Lisbonne. (c'est une mélodie connue à la différence qu'il n'affirme pas qu'il y ait un plan B !)

Premier argument partagé par à peu près tous les nonistes : la France et les Pays-Bas ont voté contre le traité constitutionnel (TCE) ; le traité de Lisbonne reprenant le TCE (citations d'homme politique s'en félicitant à l'appui), il faut voter non.

Deuxième argument : la perte de souveraineté de l'Irlande due aux nombreux transferts de compétence aux eurocrates qui rendent le Dail [parlement] impuissant.

Troisième argument : la commission veut, au nom du respect de la concurrence libre et non faussée intervenir dans la fixation de l'impôt sur les sociétés.

Quatrième argument : l'Europe de la défense est une menace pour la neutralité de la République irlandaise.

Le Sinn Féin recoupe un peu l'argumentaire des nonistes de gauche dans la dénonciation d'une Europe ultralibérale qui veut forcer les Etats à libéraliser tout ce qui peut l'être (Education, Santé...).

Plus d'information sur les arguments du Sinn Féin.

Libertas

Libertas est officiellement un nouveau mouvement européen dédié à plus de démocratie et de transparence dans l'UE. Dans les faits, c'est un petit groupe un tantinet obscur (il refuse de dévoiler la liste de ses donateurs) fondé par un multi-millionnaire Declan Ganley. Libertas s'est surtout fait connaître au grand public par une campagne d'affichage à travers tout le pays sur le slogan : "Facts, not politics"


Libertas développe 3 thèmes : le traité est
-
mauvais pour l'Irlande : voix du pays moins forte, moins de pouvoir au parlement ;
- mauvais pour l'Europe elle-même : il ne résout rien au problème de démocratie, responsabilité et transparence ce qui fait perdurer son manque de légitimité et par là met en danger son avenir ;
- mauvais pour les affaires (n'oublions que le fondateur est un businessman) : la politique d'accueil des investissements étrangers est transférée à l'UE , la relégation de la concurrence libre et non faussée dans les annexe (suite à l'insistance de Sarkozy) et enfin le traité est un cheval de Troie d'une hausse imposée de l'impôt sur les sociétés.

La campagne (photo ci-dessus) insiste lourdement sur le fait qu'il n'y aurait plus besoin de passer par un référendum pour le prochain grand texte européen.

Accessoirement, Libertas s'appuie sur un rapport des services du Taoiseach qui estime à plus de 580 millions d'euro par an le coût de la sur-réglementation en provenance de Bruxelles. D'ailleurs, les politiques mises en oeuvre sont taillées sur mesure pour la France et l'Allemagne (dont on apprend qu'ils gagnent respectivement +50% et +100% de pouvoir de vote alors que l'Irlande en perd 60%) qu détriment d'une île comme l'Irlande.

Plus d'information sur les arguments de Libertas.

Connolly Youth Movement
ou : la campagne des jeunesses du Parti Communiste

J'ai découvert cet autocollant sur un poteau tout en haut de Grafton Street. J'avoue que sans cela, j'aurais bien été en peine de les repérer.

La soldat sur fond de drapeau étoilé fait bien entendu écho aux préoccupations des Irlandais quant à leur neutralité.

Cependant, leurs raisons de voter non se concentre plutôt sur la démocratie et la souveraineté (cf. supra) ; les services publics qui seraient jetés en pature à des multinationale sur injonction de Bruxelles ; les droits des travailleurs bafoués par la cour européenne de justice et, la neutralité pour finir.

Plus d'information sur les invectives du Connolly Youth Movement.

WiseUp
Alors ceux-là, je ne sais pas trop comment les appeler. Alors j'ai pris une partie de leur site internet WiseUpJounal.com. J'ai croisé leur chemin par hasard sur O'Connell Street : il faisaient une manifestation en face du GPO, bâtiment hautement symbolique en Irlande puisqu'épicentre du soulèvement de Pâques 1916.

Bon ok, ils sont 2. Mais je n'ai jamais vraiment vu de manifestation de revendication (c'est à dire sans inclure St-Patrick et assimilés) avec beaucoup de monde.

C'était samedi dernier, je me dirige vers eux pour engager une conversation et comprendre les raisons de leur refus du traité de Lisbonne. Je n'ai pas été déçu !

L'échange est fructeux au début. Je retrouve énormément de raisons déjà évoquées ci-dessus : la perte de souveraineté, d'influence au profit d'eurocrate non-élus et corrompus (c'est synonyme chez lui), le fait que l'article 48 du traité dispose (question aux juristes en passant s'il y en a : le traité dispose ou stipule ?) que le traité est "auto-amendable" (pas besoin d'un nouveau référendum pour les prochaines modifications). Nécessairement, l'Allemagne et la France (dans le rôle des méchants) vont faire la loi et mener la vie dure à la petite Irlande. Je caricature à peine.

Par esprit de contradiction, je décidai de le titiller. Alors que je plaide en faveur de l'Europe, il m'avoue que personnellement, il est contre l'Europe. Ah bon ? mais en suivant sa logique, il est quand même mieux que les décisions soient prises à Bruxelles qu'à Pékin, Washington ou Moscou ? et puis, l'Europe a eu une influence positive en Irlande. Que nenni m'oppose mon charmant interlocuteur : l'Europe n'a rien fait pour l'Irlande. Le pays est sorti de la misère tout seul grâce à un faible impôt sur les sociétés que du coup l'Europe veut empêcher.

Là, vu la quantité d'infrastructures financées par le fond de développement de l'UE, j'ai trouvé que c'était un peu fort de café ! Mais bon, il était lancé...

Ils veulent faire des Etats-Unis d'Europe et unir toutes les unions locals en un gouvernement mondial sous l'égide de l'ONU qu'ils contrôlent. Mais qui ils ? demandai-je... Et bien, la famille Rockefeller bien sûr !

D'ailleurs continue-t-il, le réchauffement climatique n'existe pas, c'est juste un moyen de taxer un peu plus les citoyens.

Sur leur site internet, ils qualifient 9/11 Loose Change de documentaire sur le 11 septembre le plus abouti à ce jour. Fort de ce précédent, ils ont produit leur propre documentaire : End of Nations. Je n'ai pas tout regardé, mais je vous conseille les première minutes où l'on explique au spectateur que seule l'Irlande peut sauver les 500 millions d'Européens du désastre (en votant non - est-il besoin de le préciser ?).

C'est l'facteur
Jusqu'à présent, les partisans du oui ont été moins visibles. Cependant, les deux dernières semaines, le gouvernement à adressé à chaque foyer un guide explicatif de 25 pages.

Bilinguisme oblige, c'est aussi en gaélique.

Le fascicule est une réfutation point par point des arguments énoncés ci-dessus.

La première partie insiste sur les contrôles démocratiques accrus (possibilité pour un certain nombre de parlements nationaux d'objecter à une proposition en cours ; renforcement des pouvoirs du parlement ; l'initiative citoyenne)

Rubrique taxation in extenso : "Lors des négociations qui ont conduit à l'accord sur le traité, l'unanimité sur les dans les questions d'imposition a été entérinée. Cela signifie qu'aucun changement ne peut être fait dans ce domaine sans l'accor d de tous les membres, et donc de l'Irlande."

Sous le titre Les pouvoirs de l'UE et leur limites on trouve des phrases chocs telles que "L'Union ne devient pas un Etat. Il garde son caractère intergouvernemental.

Ou plus loin "La traditionnelle politique de neutralité de l'Irlande est maintenu. Rien dans le traité de Lisbonne ne le change".

Enfin, le dernier point insiste sur l'égalité reconnue entre les Etats membres.

Pour voir des images chocs de Ouiistes, c'est sur le croche-pied qu'il faut aller...

Pour conclure
L'impression que je retire du débat et des discussions que je réussis à tenir çà et là avec divers Irlandais est que les deux sujets chauds sont la neutralité du pays et la menace (fantôme ?) sur l'impôt sur les sociétés.

En effet, ce sont les deux arguments les plus débattus alors qu'ils sont au coeur de l'actualité.

La neutralité est remise en question notamment au vu de l'engagement de l'Irlande au sein de la force européenne au Tchad. Cette force, composée en majorité de Français contient aussi des combattants Irlandais. Elle est dirigée sur le terrain par un général Français, lui-même sous les ordres de l'Irlandais Patrick Nash qui dirige les opérations depuis le mont Valérian. On comprend aisément que certains voient en homme de paille des Français.

Plus important encore dans le débat : l'impôt sur les sociétés. La prospérite du tigre celtique est pour beaucoup fondée sur le faible taux de l'impôt sur les sociétés (12,5% contre environ 30% partout en Europe et 33% 1/3 en France). Si Dublin est aujourd'hui une importante place financière, c'est notamment grâce au programme de transformation des docks en centre international des services financiers (IFSC) qui constitue une sorte de zone franche.

L'installation de ces entreprises a ainsi généré des emplois à haut revenus qui ont servi de locomotive à l'ensemble de l'économie irlandaise.

Aujourd'hui, les perspectives sont plutôt assombries, on l'a dit. Le gouvernement tente de ré éditer un opération de type IFSC dans les anciens docks de Cork. L'annonce a été faire en mars et les travaux doivent durer jusqu'en 2013.

A leur niveau, les patrons de PME sont aussi inquiets. L'Europe sociale à la française ne les tente pas du tout. Et à la seule évocation des taxes, ils pourraient bien voter non.

L'impôt sur les sociétés constitue une corde très sensible qui pourrait, à l'image de la directive Bolkestein en 2005, constituer un repoussoir dont l'Europe ferait, une fois de plus, les frais...
par Alexandre publié dans : Dans l'Eire du temps
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Samedi 26 avril 2008
Ami baroudeur, si tu aimes voyager dans des contrées exotiques et passer toutes tes vacances sur un continent différent, voici le métier qu'il te faut : opérateur dans un centre d'appel.

Oui, tu as bien lu : un centre d'appel.

Attention, lorsque je dis un centre d'appel, ce n'est pas n'importe lequel. Non, loin de là. Vu qu'ils sont légions en Irlande, tu pourrais te retrouver à faire du recouvrement pour une marque de cartes bleues ou prodiguer les conseils techniques affichés sur ton bureaux aux malheureux possesseurs d'un ordinateur HP.

Ou pire que tout, terminer dans une compagnie de transport de colis à te faire engueuler parce que le colis urgent (forcément urgent) n'est pas encore arrivé et qu'il t'est impossible de le localiser.

Non, il te faut travailler dans le centre de réservation d'une compagnie aérienne.

Pourquoi ? Parce qu'en temps qu'employé de la compagnie, tu auras le droit de voyager pour pas cher sur ta compagnie.

Il est vrai qu'il existe des compagnies à prix cassés comme Ryanair et consorts. Oui, mais même en payant le billet 1 centime, te resteront les taxes d'aéroport, de bagage, de navette jusqu'au centre-ville, d'oxygène consommé dans l'avion (ah, non, pas encore...).

Et puis, ces compagnies n'assurent que des vols européens. Alors que ta compagnie à toi, elle va plus loin. Et quand bien même aucune ligne ne desservirait la destination de tes rêves, ta compagnie a des accords de réciprocités avec ses camarades. Donc tu peux t'envoler à n'importe quelle destination pour pas cher.

Alors pas cher, c'est combien ? C'est 10% du prix du billet. De la classe éco, bien entendu.

Bon, il y a quelques inconvénients. Primo, c'est un billet Standby. Tu ne montes dans l'avion que s'il reste de la place. Alors prévois de partir hors saison et de passer par des noeuds peu fréquentés. Et puis, essaie de voyager seul ou alors te trouver ta moitié dans le même corps de métier, sans cela les vacances en couple risquent d'être une aventure sans nom...

Bon, si vraiment tu n'as pas envie de travailler dans un centre d'appel (ça se comprend), tu peux toujours guetter la bonne affaire, il paraît que l'aller-retour Dublin/New-York en classe affaire se vend à 5€ chez Aerlingus ces jours-ci...
par Alexandre publié dans : Dans l'Eire du temps
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Jeudi 24 avril 2008
J'avais vaguement entendu parlé de l'intervention prévue de Sarkozy (c'est l'avantage de l'étranger : le bruit médiatique et un peu filtré). Et puis 5 min avant le début, j'ai découvert que France 2 le retransmettait en direct sur internet. Alors j'ai regardé.

Première constatation, des plus agréables : les journalistes sont beaucoup plus agressifs qu'ils ne l'étaient avec Chirac. On ne peut qu'applaudir l'invitation qui a été fait aux journalistes de petites chaînes qui ont montré tout leur potentiel. la deuxième partie où officiaient seuls Pujadas et l'indéboulonnable Poivre d'Arvor était, quant à elle beaucoup beaucoup plus consensuelle.

Sur la forme toujours, Sarkozy a gardé ses tics de langages faussement populo sur le thème du "Ecoutez M'sieu Poivre d'Arvor, j'vais vous dire c'que les Français y-pensent". Bon, sans revenir au début du XXe siècle où les hommes politiques déclamaient leur prose, on pourrait tout de même trouver un juste milieu qui ne soit pas caricatural...

Sur le fond, je ne crois pas un seul instant aux statistiques notamment économiques qu'il a récité sagement. Je ne prononce pas beaucoup plus, des gens beaucoup plus qualifiés que moins sauront aborder le sujet.

J'avoue que le côté paternaliste un tantinet maso au point de se blâmer de tout ce qu'on peut reprocher au gouvernement. (La carte famille nombreuse, c'est ma faute ; le couac OGM, c'est ma faute ; l'exposition de ma vie privée, c'est ma faute - là ok)

Bref, je pense que son objectif était de rassurer ses électeurs, on verra bien dans la semaine ce qu'ils en ont pensé, mais je parierais beaucoup sur le fait qu'il a transformé son essai.
par Alexandre publié dans : Politique
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Jeudi 10 avril 2008
C'est une sorte de migration qui va se faire ce week-end. Les Italiens, n'ayant pas les mêmes facilités que nous pour se faire établir des procurations (il faut être inscrit sur un registre des Italiens établis à l'étranger), rentrent en masse au pays.

On ne parle pas beaucoup de l'Italie en France (en tout cas, c'est ce que je retire de ma lecture quotidienne des sites des 3 journaux principaux français). Après tout pourquoi se préoccuper de ce voisin à qui galère un peu niveau croissance, mais qui ne veut même pas qu'on lui rachète ses avions. Bref, on en parle peu, et c'est regrettable.

Lorsque l'on a découvert de côté bling-bling de notre président, certains se sont empressés de le comparer à Berlusconi sur le thème "On s'est foutu de leur tronche quand ils ont voté pour un flambeur en 2001, et puis finalement il nous arrive un peu la même chose...".

Alors qu'on se rassure. Berlusconi, lui, fait les choses en grand. Non, je ne dis pas cela parce répète à qui veut l'entendre qu'il n'est pas petit puisqu'il est plus grand que Sarkozy. Simplement, il faut voir son minifilm de campagne. Plus kitch que ça tu meurs.

L'ennui est qu'il n'est pas le seul à donner dans le genre. Le principal candidat à gauche, Walter Veltroni proclame fièrement I'm PD sur les YMCA. Ce qui titille tout de suite l'attention de certains.

Pour clore le tout, un petit aperçu de l'internationale version Jésus fait du rock.

Bref, en comparaison on pourrait juger nos politiques tristounets. Tant mieux !

PS : Pour ceux que ça intéresseraient, Berlusconi devrait gagner les élections sachant qu'il est crédité de plusieurs points d'avance sur son concurrent, que les élections sont provoquées par une motion de censure qui a renversé le gouvernement Prodi (gauche). Résultat ce week-end.

NB : merci à Andréa pour sa contribution involontaire à ce billet

Edition du 11/04 :
Les journaux français ont entendu mon appel (mégalo, moi ?), et nous brossent un portrait de ces élections sous tous les angles : Le Monde, Libération, Le Figaro.

par Alexandre publié dans : Dans la presse
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Mardi 1 avril 2008
"Tu ne parles jamais de ton taf !" me disait-on pas plus tard que la semaine dernière. Bah oui, j'avais pourtant promis que j'aborderais le sujet.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je travaille dans une agence de recrutement.

A vrai dire, il s'avère que c'est un tantinet plus compliqué que prévu. En effet, je suis soumis à une clause de confidentialité qui m'empêche (et c'est normal) d'évoquer explicitement des anecdotes de travail. De plus, je n'ai ici qu'un anonymat relatif et le curieux bien renseigné ne devrait avoir aucun mal à retrouver mon état civil, ce qui rend l'identification des personnes dont je parle beaucoup plus facile.

Enfin, j'avoue que j'ai préféré attendre un petit moment pour traiter justement de ce qui constitue mon occupation quotidienne. Je suis passé par une période d'optimisme exubérant, rapidement compensée par un pessimisme assez marqué. Aujourd'hui, j'ai donc un recul qui me permet de voir tant les bons côtés que les moins évidents.

Un exemple qui illustre tout à fait ce mouvement de balancier : les lettres de refus. En ayant reçu une tripotée, je me suis fait un plaisir d'écrire les premières. Mais très rapidement, je me suis senti désolé pour la personne à qui je l'envoyait. Parfois c'est juste un profil qui correspond pas au style de boulots de la maison, auquel cas c'est pas trop grave, mais le pire reste les refus pour cause de permis de travail. Les agences de recrutement ne sont généralement pas autorisées à promouvoir des candidats qui n'en n'ont pas (pour éviter d'ajouter aux frais d'agence des frais de procédure pour le permis de travail).

Cependant, au bout du fil se trouve un Indien, un Nigérian, un Roumain ou un Bulgare (car tout membre de l'UE qu'ils sont ils n'ont pas le droit de venir s'installer et travailler en Irlande sans permis !) qui est qualifié mais à la candidature duquel je ne peux donner suite. Le pire est quand ils essayent de plaider leur cause : "Mais je suis très motivé pour venir travailler dans ce pays et j'ai les compétences !". Ben, oui. Mais ça change rien...

Par ailleurs, j'ai découvert un effet secondaire pendant mon boulot (qui est de faire passer des entretiens.) Je sélectionne les CV, contacte les candidats et leur propose soit un entretien téléphonique (ils sont loin), soit un entretien Face to face. Irrémédiablement, je chantonne en l'inscrivant dans mon emploi du temps.

Dernière anecdote, le nom de l'agence est similaire à celui d'un organisme public local. Un peu comme si en France on s'appelait A.N.T.E. Il arrive de temps à autres (en ce moment c'est 2 à 3 fois par semaine) qu'on nous appelle à la place... Allô ? Boucherie Sanzot ?

Bref, le Travail c'est la santé : mais à quoi sert alors la médecine du travail s'interrogeait Pierre Dac ?
par Alexandre publié dans : Dans l'Eire du temps
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Vendredi 28 mars 2008
Après 3 mois d'abstinence, me voilà comblé. Je viens de recevoir mon Canard Enchaîné. C'est la plus longue interruption depuis que j'en ai commencé la lecture voilà bientôt 10 ans (ce qui remonte donc à la 4e ou à la 3e... faites le calcul vous-même...).

Autant il est devenu facile garder contact avec la mère patrie lorsqu'on est à l'étranger, (je vous épargne le laïus sur internet etc.), autant il est toujours difficile d'humer l'atmosphère qu'il y règne.

Une une de journal est bien plus révélatrice sur la hiérarchisation des sujets proposés aux lecteurs (et ipso facto de l'opinion publique), que la page d'accueil de n'importe quel quotidien.

Alors jusqu'à présent j'étais réduit à déduire cette fameuse atmosphère par l'analyse qui en était faite. Une sorte de coup de billlard à deux bandes. En premier lieu, arrêt sur images qui, en rien ne me fait regretter ma contribution. Mais aussi le zapping de Canal+, revue de presse en images par excellence.

N'empêche, le Canard, c'est différent. Un concentré d'enquêtes (ou plutôt de dossiers bétons), de ragôts politiques (j'assume), de mauvaise foi. Bref, un excellent exercice pour l'esprit critique. Le tout enrobé dans un style tantôt cinglant, tantôt gaulois (et l'album de la Comtesse). Un titrage tout en Calmbours à en faire pâlir Libération.

Alors, c'est vrai, que je pouvais quand même lire la une (et le journal de Carla B. dans la lignée de celui de Xavière T.), mais avouer que c'est quand même petit.

Voyons les bons côtés, j'ai aussi découvert Bakchich entre temps, qui vaut aussi son pesant d'électrons. "Enquêtes, informations et mauvais esprit" proclame leur épigraphe. Que demande le peuple ?

Bref, ce soir, au pays du mouton, je serai tout à mon Canard...

par Alexandre
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Lundi 24 mars 2008
Fáilte.

Après avoir vécu la ville prise de vert(ige) pour la St-Patrick, je reviens d'un voyage dans le tourbillon (haha !) de l'Irlande profonde.

Première impression : c'est magnifique. Je reviens d'un carte postale. Grosso modo, je suis passé
ici, , en passant par une ville qui a du chien.

Alors quelques anecdotes tout de même : aux îles d'Arann, le temps change toutes les 15 minutes. Montre en main. Le vent est très puissant : c'est la première fois que je dois pédaler pour descendre une cote en vélo ! Les cottages abandonnés, c'est romantique quand ils sont vieux, mais quand les maisons sont récentes et que la portière de la voiture claque toujours devant, c'est un peu plus flippant (virus ou zombies ?).
Sinon, dans le Marche de la laine des îles d'Arann, j'avoue avoir adoré le certificat d'authenticité des
fameux pulls émis par la boutique elle-même !

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Première constatation, le gaélique, c'est un peu comme le pied d'un arc-en-ciel : c'est toujours un peu plus loin. A Dublin, on pense qu'on le parle à Galway, mais à Galway, c'est dans le Connémara qu'il faut aller. Alors sur
une carte, ça fait des belles zones vertes, mais vu la densité au km²... Sans compter qu'à l'époque, le critère était d'avoir plus de 25% de locuteurs.

L'attitude des Irlandais est assez contrastée vis à vis de la langue. Généralement les jeunes l'ont appris à l'école, mais ne se souviennent de rien (comprendre : vide absolu). Samedi, un étudiant m'avouait benoitement l'avoir appris pendant 14 ans et ne pas connaître plus que les phrases basiques que je pourrais trouver dans mon guide du Routard ! En fait, sur les 7 matières qui constituent le baccalauréat local, comptent seulement les résultats de 6 épreuves. L'Irish étant la matière communément écartée.

Maigre consolation, il est nécessaire de connaître la langue pour entrer dans la fonction publique, mais bon, une connaissance basique est apparemment suffisante puisque j'ai rencontré une institutrice qui avouait le comprendre, mais ne pouvait soutenir une conversation qu'avec un enfant.

Encore une fois, l'Irlande, terre de contrastes, montre toute l'ambiguité d'une population partagée entre un retour à ses racines (qui se manifeste par des écoles gaéliques - un peu comme les
écoles Diwan), et un désintérêt généralisé (à quoi ça sert de s'emm* avec une langue qui ne sert à rien).

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Deuxième constatation : je hais mes semblables. Ou plus précisement : quand je visite un lieu, moins il y a de touristes, mieux je me porte. C'est un paradoxe car je ne pense pas être le seul à le penser.

J'ai passé une nuit sur Inishmore. Le week-end de Pâques. Impressionnante est la différence entre l'île le jour et la passé 5h. Pourquoi 5h ? C'est le dernier départ de ferry. L'île retrouve un calme qui lui confère une majesté qui tranche avec la fourmillière de touristes la journée.

Alors, il est vrai que les touristes contribuent à l'économie locale. Beaucoup. Entre les hôteliers, les loueurs de vélos les dizaines de tour en minibus disponibles (je suis sûr qu'on dtoi retrouver un des ratios de minibus/habitant les plus élevés au monde), les restaurants, et les magasins d'artisannat local.

Mais se sentent-ils vraiment chez eux, ceux qui voient débarquer des masses d'allochtones qui viennent voir les paysages et monuments, certes, mais aussi la véritable irlande.

Quel choix pour les insulaires ? une muséification progressive qui les enferme dans le folklore comme acteur d'un
spectacle à destination du touriste, ou alors assumer complètement la modernité de leu mode de vie sans passer leur héritage historique par pertes et profits, au risque de déplaire au châland ?

Le tout est résumé par une citation piquée à l'entrée du musée de Galway : "
Être fidèle, ce n'est pas transmettre des cendres, mais la flamme."

Vaste question, dont il semble que nous ne sommes pas exempts...
par Alexandre publié dans : Dans l'Eire du temps
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Mardi 18 mars 2008
Voila plusieurs jours que je m'extasie devant des perles. Non, que je me sois converti à la conchyliculture ou dans un BTS Joaillerie. C'est plutôt des perles de l'esprit donc je m'amuse.

On a tous eu connaissance à un moment ou à un autre, d'un livre du type les perles des fonctionnaires, du bac, etc. Le dictionnaire la décrit comme une erreur grossière. 

D'ailleurs, c'est une de occupations phare de lycéens : récupérer les perles des profs (au collège, on ose pas vraiment encore...). C'est tout de même beaucoup plus rigolo que de noter son ouverture d'esprit sur un site légèrement douteux...

Dans ma collection perso, j'ai encore des fous rires de la prof de bio qui nous parle de poissons aquatiques (bah oui, par opposition à ceux qui montent aux arbres). De mes profs de maths de prépa qui tance tantôt pour des questions faciles oubliées ("Vous avez oublié les questions préliminaires, c'est très important les prélimiaires vous savez !") tantôt pour une question de logique ("Il vient d'où ton alpha ? hein ? non, tu ne l'a pas introduit, indroduit-le moi s'il te plaît !").

Bon, évidemment c'est toujours assez grivois, mais je ne me lasse jamais d'un prof qui annonce trois conséquences pour en lister quatre ou cinq.

A l'inverse de ces phrases malheureuses qui généralement provoquent un sourire de moquerie, on trouve le trait d'esprit. Ou l'art - typiquement français de par le piqûre qu'il provoque à l'amour propre - de l'à-propos ou de la répartie. Notez que les anglo-saxons ne sont pas en reste mais ont généralement plus portés sur l'auto-dérision.

Que de soirées ai-je passé en compagnie de mes dictionnaires de citations ? Je dois en avoir plus d'une dizaine et chacun à sa manière m'a distrait parfois d'un coucours qui se faisait plus proche chaque jour ou encore d'une dissertation de philo qui me cloîtrait un week-end - forcément ensoleillé.

Les politiques y tiennent une grande place : de Gaulle, Churchill, Clemenceau ; les écrivains ne sont pas en reste et Allais, Wilde, George Bernard Shaw, de Musset. Et Woody Allen, évidemment.

D'ailleurs quiconque se targue d'apprécier le français pour sa beauté intrasèque (et les misères qu'ont pu lui faire les farceurs lettrés au cours des quelques siècles précédents) se doit de posséder "Pour tout l'Or des mots" de Claude Gagnière. Pour faire court : c'est le seul livre dont je ne me dépars jamais (il m'accompagne dans mon périble dans les vertes vallées d'Irlande).

De là, dans un pays où tant se targuent d'écrire un roman (peu importe qu'il soit publié d'ailleurs), et où nous sommes les plus blogueurs ! Franchement, à quoi bon ? En tout cas, c'est pas moi qui m'amuserait à en tenir un ! 

Je reviens donc à ces choses qui m'émerveillaient : viedemerde.fr et chucknorrisfacts.fr. Le premier rassemble les mésaventures des personnes qui veulent bien les partager, le deuxième recense tout ce dont Chuck Norris est capable de faire.

Extraits choisis : 

- Aujourd'hui un petit garçon dans la rue m'a montré du doigt en disant à sa mère "Regarde maman, c'est Sarkozy." VDM

- Aujourd'hui partiel. L'examen était recto-VERSO. VDM

- Aujourd'hui, on m'a dit "Purger un radiateur c'est facile, il faut dévisser le truc sur le bord"... Mon radiateur n'a pas de purge, et le seul bitonio à dévisser a "purgé" les 800 litres d'eau de TOU[S] les chauffages de l'immeuble, dans mon appart. J'ai oublié de payer mon assurance habitation. VDM.

mais aussi 

- Chuck Norris a déjà compté jusqu'à l'infini. Deux fois.

- Chuck Norris fait pleurer les oignons

- Un jour, au restaurant, Chuck Norris a commandé un steak. Et le steak a obéi.

- Chuck Norris mesure son pouls sur l'échelle de Richter.

- Voldemort a peur d'appeler Chuck Norris par son nom.

Le point commun entre ces deux exercices de styles qui ne disent pas leur nom ? Un certain goût pour l'anaphore (Guaino est-il le créateur caché ?) mais surtout une forme assez courte. Une sorte de haiku moderne (ou, trop souvent le salace remplace le poétique, j'en conviens)

La seule différence entre un réussi et un loupé : la chute. Sans deus ex-machina, pas de salut !
par Alexandre publié dans : Internet et informatique
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